LES ANCIENS ENFANTS DE TROUPE D'AUTUN

Vive l'Eumeup's Attitude

Ici rien d'officiel, nous cultivons l'impertinence et le respect de nos années de boite.

distribution des prix juin 2000

 

Distribution des prix en juin 2000

Allocution du général DESVIGNES chargé de mission auprès du chef d’état-major de l’armée de terre. Ancien élève d’Autun : 1957-1963.

Monsieur le député maire d’AUTUN, Monsieur le préfet, Messieurs les officiers généraux, mon colonel, Monsieur le proviseur, Mesdames et Messieurs les professeurs et cadres du Lycée militaire, Mesdames Messieurs, mes chers camarades.

C’est pour moi un très grand honneur et un immense plaisir de sacrifier à la tradition en présidant, en temps qu’ancien élève de cette institution, cette cérémonie. Mais c’est également avec une réelle émotion que je m’adresse à vous dans le cadre de cette magnifique école à laquelle je suis profondément attaché pour plusieurs raisons.

En effet, mon père, y était instructeur avant la guerre. Entré dans la résistance, il a participé aux combats de la libération d’AUTUN. C’est de l’école militaire, où étaient retranchées des troupes ennemies, que le 8 septembre 1944, est partie la rafale de mitrailleuse qui l’a fauché avec toute son équipe, à la lisière du village de COUHARD.Tous ses camarades furent tués. Lui, grièvement blessé aux jambes, réussit à ramper, sous une grêle de balles, jusqu’aux premières maisons du village où il fut secouru puis évacué. Vous pouvez imaginer que, lorsque nous montions le jeudi avec ma section à la cascade de Brise Cou, je ne pouvais m’empêcher de penser au cauchemar qu’il avait vécu à l’endroit même où, insouciants, nous allions chaparder des cerises ou tendre des embuscades aux filles du St Sacrement.

Autre raison de mon attachement à ce lieu : c’est dans la maison située face au poste de sécurité, celle qu’occupe aujourd’hui monsieur l’aumônier, que mes parents ont habité quelques temps après la guerre et que je suis né …

Onze ans plus tard, ayant laissé mon frère aîné m’y précédé en éclaireur, j’entrais en 6 ème dans cette école militaire préparatoire pour y poursuivre mes études jusqu’au bac. Je n’ai pas du en dire trop de mal à la maison puisque mon fils Alexandre a choisi, à son tour, de s’y faire des copains et, je l’espère, d’y décrocher son laissez-passer pour l’enseignement supérieur.

Vous comprendrez qu’une grande partie de mes racines se trouve ici, et que ces lieux font instantanément surgir dans ma mémoire mille souvenirs : le visage radieux d’un camarade ayant réussi à inscrire un «VLP» dans un endroit insolite de la toiture, la voix suave de notre adjudant de compagnie distribuant avec générosité des travaux d’intérêt général aux galopins surpris à faire trempette dans le bassin, ou encore l’expression atterrée d’un éducateur stupéfait de n’avoir pas su déceler les préparatifs du départ d’une fusée à poudre dans sa salle d’étude. Il fallait bien conquérir l’espace !…

Pour rendre justice au corps médical qui a laissé, semble-t-il, un souvenir mitigé à Mademoiselle LAMBERT, je dirai qu'au contraire, l’infirmerie constituait pour nous un lieu béni où l’on venait se faire plaindre et raconter ses premiers chagrins d’amour auprès d’une infirmière en chef au cœur gros comme ça. Mais il est vrai également que les séances de vaccination avaient un caractère pour le moins pittoresque : le toubib à l’époque, adepte de la taylorisation, plantait les aiguilles dans le dos d’une rangée de huit ou dix élèves puis procédait aux injections des doses de TABDT, tout cela sous les yeux de la rangée suivante…Façon d’aguerrir les âmes sensibles sans doute !

Lorsque l’infirmerie affichait complet, à l’approche de quelque épreuve redoutée, un autre refuge était, sans doute comme aujourd’hui, le local du babasse. Nous sommes quelques-uns à vénérer la mémoire du nôtre, le père MILLOT. A l’occasion de ses causeries très prisées, pas seulement parce qu’elles nous dispensaient d’une heure d’étude, celui-ci a su nous accompagner à l’âge où l’on s’interroge et où l’on commence à douter de tout, et a su nous proposer quelques règles de vie qui nous ont guidés et nous poursuivent encore.

Et c’est en pensant au rôle que ces éducateurs ont pu jouer pour nous dans le passé, ceux que nous adulions comme ceux que nous chahutions, que je voudrais à présent évoquer votre futur.

Parmi vous, il y a ceux qui reviendront l’année prochaine et il y a ceux qui vont poursuivre ailleurs leurs études .

Aux premiers et en particuliers aux plus jeunes lauréats, je veux dire qu’ils sont sur la bonne voie : continuez à investir pour votre avenir ; ne rechignez pas devant l’effort et ne succombez pas à la facilité surtout si vous avez quelques dispositions. Croyez-moi, il vaut mieux regretter un instant aujourd’hui, la sortie entre copains que l’on a ratée, le film ou le match que l’on n’a pas vu, pour cause de révision, que regretter toute sa vie de voir s’éloigner des trains que l’on aurait pu prendre simplement en donnant le petit coup de collier supplémentaire quand c’était le moment.

Aux seconds je veux souhaiter bon vent.. Parmi vous il y en a qui savent déjà ce qu’ils veulent faire de leur vie, et d’autres qui ne sont pas encore très fixés. Ceux-ci, je peux les rassurer, j’étais un peu dans ce cas : à six ans je n’avais pas d’autre vocation que celle de conduire le petit train des chariots à bagages de la gare de CHAGNY, mais à dix sept ans je n’étais plus du tout sûr de ce choix !

Naturellement, je suis plein d’admiration devant ceux qui décident, à dix ans, de devenir Président de la République et qui le deviennent effectivement, mais ils ne sont pas très nombreux ! Je pense en revanche que l’on peut fort bien transiger avec ses aspirations initiales, et, malgré tout, réussir à s’épanouir dans une voie que l’on n’avait pas même imaginée, pourvu qu’une fois la décision prise, on mette toute son énergie au service de son engagement. Au demeurant, les choix ne sont plus aussi définitifs que par le passé et je connais nombre de personnes qui ont, au cours de leur vie professionnelle, changé radicalement de voie une ou même deux fois.

Maintenant, quel que soit votre choix, par exemple que vous décidiez d’exercer une activité dans le secteur privé ou que vous choisissiez de servir l’Etat, soyez des entrepreneurs, soyez de ces femmes et ces hommes qui font bouger les choses, de celles et ceux qui ne se satisfont jamais ni des situations établies, ni, a fortiori, de la médiocrité.

On est entré dans une ère où tout bouge en permanence et où on ne peut plus se reposer sur ses lauriers. Si dans le passé, il suffisait d’avoir fait des études honorables et décroché quelque parchemin réputé pour être à l’abri toute sa vie, cela est bien fini aujourd’hui. Sans cesse, il faut se remettre en cause et éviter la sclérose.

Les progrès technologiques, qui nous donnent parfois le vertige, bousculent nos méthodes, nos organisations et même nos façons de penser. Ne vous laissez pas éblouir ni dominer par ces technologies mais apprenez à les maîtriser pour ce qu’elles sont et ce qu’elles doivent rester, c’est à dire au service de l’Homme.

Vous êtes une génération privilégiée, non pas au sens où nos parents ont pu nous le dire parfois, parce que nous n’avons connu, ou très peu, ni la guerre, ni les privations, mais parce que s’offrent à vous de nouvelles aventures.

La jeunesse, nous disait-on, manquait, pour s’épanouir, de perspectives, de grands projets, d’horizons nouveaux, de frontières à dépasser, tout ayant été exploré.

Et bien non ! C’est précisément aujourd’hui et, symboliquement au seuil de ce troisième millénaire, que de nouveaux défis se présentent dans tous les domaines : scientifique, technologique, économique, sociologique ou politique. On croyait tout savoir, on redécouvre tout.

A vous de relever ces défis, c’est un challenge fantastique. C’est également à vous qu’il appartient de construire un monde réellement meilleur, d’inventer de nouvelles règles pour notre société qui ne peut être envisagée désormais qu’avec une vision planétaire, de trouver le juste chemin entre l’Etat providence et régulateur, volontiers taxé de lourdeur et d’inefficacité, et un capitalisme insolent qui laisse sur le bord de la route une population désarmée et vulnérable.

Soyez des innovateurs, des révolutionnaires au sens noble du terme, non pas en faisant table rase du passé, mais au contraire en vous appuyant sur les expériences et les bases très solides que vous ont léguées vos anciens, et en ayant toujours à l’esprit qu’il n’y a de progrès véritable que s’il est partagé.

A l’image de cette école, qui a su marier modernisme et tradition, jusque dans son architecture, soyez des bâtisseurs du monde de demain sans oublier ce que vous devez à celui d’hier et d’aujourd’hui. Et en premier lieu à vos parents et aux cadres et professeurs de ce lycée militaire.

 

Il est sans doute trop tôt pour vous en apercevoir mais je puis vous garantir que, longtemps, vous vous souviendrez, au-delà des connaissances qu’ils vous auront permis d’acquérir, des conseils et des principes qu’ils vous auront inculqués et qui vous guideront dans les moments difficiles. Rien ne peut en effet effacer les bases du raisonnement, ni l’esprit de méthode, ni le sens critique, ni les règles d’éducation que vous aurez reçus de ces maîtres.

C’est cette force de l’esprit, que ceux-ci auront contribué à forger, qui vous animera tout au long de votre existence. Et je suis persuadé qu’un jour, en en prenant conscience, vous éprouverez comme moi, un sentiment de reconnaissance et de grande fierté d’avoir fréquenté cette institution magnifique.

Permettez-moi donc, en votre nom, de remercier chaleureusement, pour le travail qu’ils ont accompli avec amour et dévouement, tout au long de cette année, vos cadres et vos professeurs.

A vous, mes jeunes camarades, j’adresse toutes mes félicitations et mes souhaits de réussite pour les années à venir. A ceux qui, dans les jours prochains, vont continuer à affronter les épreuves vont tous mes encouragements. Et à tous je souhaite de très bonnes vacances.