LES ANCIENS ENFANTS DE TROUPE D'AUTUN

Vive l'Eumeup's Attitude

Ici rien d'officiel, nous cultivons l'impertinence et le respect de nos années de boite.

radio Alger

 

'Radio-Alger', portrait d'un plouc.

 

La brute au crâne rasé hurla : « Au suivant ! »

 

Jean-François s’avança, l’air penaud, vers "Radio-Alger" et son bâton gros comme un manche de pioche. Soudain il avait un peu froid et regrettait d’être venu en short et en chemisette sur ce terrain désert. Mais comment faire autrement, qui appeler au secours à cette heure de la nuit ?

« Alors, on fait moins le malin, petite crevure d’engagé ! »

Jean-François fit un pas en avant, ferma les yeux en pensant au courage de Marcel qui venait de se prendre un coup à assommer un bœuf sans desserrer les dents. Le gourdin le frappa à la hanche, si fort qu’il sentit la douleur se propager jusque derrière la nuque. Il était le dernier à passer, d’un pas hésitant il rejoignit ses copains contre le mur du fronton.

Le blouson ouvert, le calot passé sous la patte d’épaule, Radio-Alger rayonnait. Il était au sommet de sa puissance face à ces huit garçons à sa merci. Dans sa tête folle germaient sans doute d’autres cruautés, mais la nuit était courte et il fallait se méfier des traces qu’ils auraient pu montrer à l’infirmerie.

« Allez les mignons, je vais vous faire circuler le sang. Pas de gymnastique, direction le stade ! »

Dans l’obscurité les punis partirent en trottinant vers le stade. Pendant trois tours ils purent méditer sur leur sort. Il est vrai que pendant le voyage à Vézelay ils avaient un peu pillé une boutique de souvenirs, enfin surtout des bonbons, le célèbre anis de Flavigny, mais ils trouvaient la punition un peu dure, et surtout bien éloignée des punitions réglementaires. Ils s'étaient trahis en bavardant pendant le retour en autocar. Dés l'extinction des feux Radio-Alger avait cuisiné toute la classe, faisant venir les élèves un par un dans sa chambre il avait obtenu huit dénonciations par le chantage et le mensonge. Il avait même suggéré de récolter de l'argent qu'il irait rapporter au commerçant …

De toute façon ce "plouc" n’était pas net. C’est ainsi qu’on désignait les pions que la hiérarchie nommait pompeusement "éducateurs". Celui-ci se disait instituteur dans le civil, il avait refusé de servir en AFN et après trois mois de forteresse il était venu finir son service militaire dans un coin pénard. Il ne se déplaçait jamais sans un poste radio allumé en bandoulière ce qui lui valait son surnom. Aussitôt après le petit déjeuner Marcel alla s'asseoir à la table de Bichon, son copain de sciences ex, pour lui raconter les événements de la nuit. Bichon était bien fâché, pourtant c'était un jeune homme doux et rêveur plus branché sur la guitare que sur la castagne, il dit qu'il allait s'en occuper et indiqua à Marcel la conduite à tenir.

A l'étude du matin Marcel alla jusqu'au bureau du plouc et lui dit qu'il avait des révélations à faire. Ils allèrent dans le couloir et Marcel s'expliqua : Je voulais vous remercier au nom de mes camarades de la bonne leçon que vous nous avez donnée. C'est grâce à des gens comme vous, droits et honnêtes, que nous pourrons progresser dans la vie. Radio-Alger souriait bêtement, ne sachant pas si c'était du lard ou du cochon. Mais y a un truc qu'est pas juste, poursuivit le garçon : Delclos et Beaujean de la 4ème M1 sont aussi coupables, mais n'ont pas étés punis. On raconte que vous avez peur de l'éducateur de la M1, vous savez pourtant qu'il est trop mou et pas aussi bien que vous.

Je n'ai peur de personne dit le héro de l'AFN, convoque tes deux copains pour 22 heures, même endroit, même motif, même punition.

Les deux potes étaient dans la combine, ils furent à l'heure au rendez-vous. Le courageux plouc n'avait pas oublié son bâton, mais il n'eut pas le temps de s'en servir. Socrate, Blair, Taxi et quelques autres sortirent d'un renfoncement du gymnase. Les justiciers n'ont pas besoin de grandes phrases, Socrate fit gicler la lame de son cran d'arrêt et dit au plouc :

 

"Passe devant, bouffon !"

Ils conduisirent Radio-Alger jusqu'à la fosse qui servait de réserve à charbon pour la chaufferie des douches, soulevèrent le couvercle en acier, poussèrent notre bourreau sur le tas de boulets et fermèrent le loquet. Plus loin, sur les marches à côté du bureau des sports, Bichon souriait. Il fit un signe amical de la main et disparut dans l'ombre.

Au matin Croms le responsable des douches prit une colère mémorable, il avait trouvé un clochard sale et névrosé dans sa réserve à charbon. Et, comme il du l'expliquer au colonel, il n'avait pu le faire déguerpir qu'en le chassant à coups de manche à balai……

Marcel